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Pétition en français

Interpellation de la conseillère nationale Pascale Bruderer
http://www.parlament.ch/afs/data/f/gesch/2003/f_gesch_20033092.htm

 

Un site web de la France consacré au MCS avec des textes informatifs:

http://www.mcs-sos.ch/18301/18322.html  

http://perso.wanadoo.fr/la.maison.empoisonnee/pollution.sante.ashford.mc.htm

http://perso.wanadoo.fr/la.maison.empoisonnee/pollution.sante.bienvenue.htm

 

SANTÉ | Troubles de la santé provoqués par les produits chimiques

Les MCS, ces maladies qui tuent à petit feu


En Suisse, des milliers de personnes souffrent de MCS. Ces graves troubles de la santé sont provoqués par des produits chimiques mais ils ne sont toutefois pas reconnus comme des maladies par le corps médical.

Philippe Oudot   /   Journal du Jura

Solvants, pesticides, composés organiques volatils, formaldéhydes, PCB, parfums, phtalates etc.: autant de produits chimiques qui envahissent notre quotidien et empoisonnent la vie de milliers de personnes en Suisse. Ils sont à l'origine de graves troubles de la santé dont les symptômes sont aussi divers que fatigues chroniques, maux de tête, douleurs dans tout le corps, vertiges, problèmes respiratoires ou de peau.

Chez les personnes particulièrement sensibles, ou celles dont les défenses immunitaires sont affaiblies, ces différents poisons peuvent affecter tous les organes. Le problème, c'est que ces maladies, appelées MCS (Multiple Chemical Sensitivity), ne sont pas formellement reconnues en Suisse par le corps médical et par les assurances (voir «Il n'y a pas de preuve scientifique»).

En raison de cette non-reconnaissance de leur maladie, les personnes touchées ne sont pas prises au sérieux. Les médecins les considèrent au mieux comme des malades souffrant de troubles psychiques ou psychosomatiques, au pire, comme des affabulateurs! Avec d'autres victimes, Christian Schifferle, fondateur de la Ligue MCS Suisse, se bat depuis de longues années pour que ces maladies environnementales soient enfin reconnues et pour que des normes plus strictes soient imposées avant de mettre sur le marché de nouveaux produits chimiques.

Construire bio

L'objectif de la ligue est donc de faire reconnaître les MCS comme des maladies à part entière, aussi bien par la médecine que par les assurances sociales, et de créer une fondation pour venir en aide aux victimes. Il s'agit de permettre à ces gens de vivre dans un environnement «propre», c'est-à-dire exempt - autant que possible - de produits chimiques. En effet, souligne Christian Schifferle, les agressions toxiques sont si insupportables que nombre de malades MCS finissent par perdre leur emploi, se retrouvent à l'assurance invalidité et ne parviennent plus à vivre dans un appartement. L'idéal serait de construire des logements bio, mais ça coûte cher, et avec les prestations de l'AI, ces personnes n'en ont pas les moyens. Agé d'une cinquantaine d'années, Christian Schifferle a lui-même dû quitter son appartement et vit depuis sept ans dans une caravane. Il constate que si la maladie était reconnue, les assurances pourraient au moins prendre en charge certains coûts. «Par exemple le filtre à air dont j'ai besoin pour vivre et que j'ai par exemple dû payer de ma poche. Soit une dépense de 2000 fr...»


Des milliers en Suisse

Les MCS étant ignorées en Suisse, il n'existe pas de données fiables quant au nombre de malades. Mais en extrapolant les données médicales recensées aux Etats-Unis où ces maladies sont reconnues depuis belle lurette, la Ligue MCS Suisse évalue à près de 6000 le nombre de personnes touchées en Suisse. Et si le sujet y est quasi tabou, c'est sans doute en raison de la toute-puissance de l'industrie chimique qui dispose de nombreux lobbyistes et de moyens financiers pour étouffer leurs plaintes, affirment les victimes. Même l'OFSP serait sous l'influence du lobby de la chimie et n'oserait pas intervenir. C'est que la reconnaissance de ces maladies aurait, pour elle, de lourdes conséquences: elle entraînerait l'abaissement de valeurs limites tolérées, et conduirait à l'interdiction de nombreux produits d'usage commun.

Destruction des défenses immunitaires et mutations génétiques
En Suisse, les médecins qui prennent au sérieux les MCS ne sont pas légion. Une situation que dénonce Nathalie Calame, médecin généraliste à Colombier, qui affirme que c'est un vrai problème de santé publique. «En médecine, on ne reconnaît que ce qu'on connaît, et inversement... Or, ces aspects ne sont pas abordés pendant les études», déplore-t-elle. Conséquence: nombre de maladies passent entre les mailles du filet. En particulier celles provoquées par des polluants de plus en plus nombreux. Elle n'hésite pas à dire que près de 70% des maladies actuelles sont liées, de près ou de loin, à cet environnement toxique.

Cette ignorance a de lourdes conséquences: les symptômes de leurs patients n'entrant pas dans le schéma traditionnel des pathologies, bien des médecins sont incapables de poser un diagnostic correct. Beaucoup se contentent de prescrire des antidépresseurs... Et Nathalie Calame de dénoncer cette dérive du corps médical, qui se contente trop souvent de chercher une réponse médicamenteuse à toute situation. «On s'attaque aux symptômes, au lieu de s'intéresser aux causes du mal, sans chercher plus loin.»

Elle s'en prend aussi à ceux qui nient le lien de cause à effet entre produits chimiques et pathologies chroniques et auto-immunitaires, faute de preuve scientifique irréfutable. Elle rétorque que l'être humain n'est pas un ordinateur et que chacun réagit de manière différente aux agressions externes en fonction de ses défenses immunitaires. Et de rappeler le rôle fondamental de certaines enzymes, qui permettent au corps de se détoxifier. Le problème, c'est qu'en raison de cet environnement toxique, de plus en plus de personnes ont des carences au niveau de ces enzymes.

C'est aussi l'analyse de Lise Marleau. Naturopathe établie à La Neuveville, cette Québécoise s'en prend à l'obscurantisme de ces médecins qui n'offrent aux victimes de MCS que des antidépresseurs. Or, leurs troubles de santé ont pour origine un système immunitaire déficient et souvent des mutations génétiques au sein de leur système de détoxication interne, entre autres le mécanisme du glutathion. «On peut détecter les mécanismes individuels de la maladie en faisant différentes analyses, dont des tests de stimulation des lymphocytes, des analyses génétiques de ce système de détoxication ou en recherchant une candidose chronique.» Agressé par les produits chimiques et métaux lourds, le corps n'arrive plus à se défendre.

Mais ce n'est pas tout: ces attaques chimiques constantes, liées à un mode de vie alimentaire moderne et un stress global accru, ont tendance à modifier le pH du corps, augmentant son degré d'acidité. Ce déséquilibre permet à divers champignons microscopiques de proliférer. Le principal d'entre eux, dénommé candida albicans, peut se développer et sécréter des toxines, empoisonnant peu à peu l'organisme, donnant des symptômes souvent similaires aux MCS. Très peu de laboratoires sont en mesure de détecter cette pathologie efficacement, le test de selles n'étant pas concluant.

Une autre problématique importante est la présence et le type de mutations des enzymes de détoxication très souvent détectés chez les patients porteurs de MCS. Beaucoup de praticiens ne connaissent même pas l'existence de ces tests ou de ces enzymes.

Pour Lise Marleau, il faut donc redonner à l'organisme la capacité de se défendre face à ces agressions pour recouvrer, au moins partiellement, la santé. Et quand on sait que, de toute l'histoire de l'humanité, l'homme n'a jamais été exposé à un environnement aussi toxique, elle estime qu'il est temps de prendre cette problématique au sérieux, car on est en train de mettre à mal le patrimoine génétique des générations à venir.

Mais aujourd'hui, personne ne veut empoigner le problème, de peur de voir les coûts de la santé exploser en raison des traitements de détoxication. C'est donc un problème de santé publique, mais aussi un problème économique, car il en coûterait à brève échéance des fortunes pour développer des alternatives. Mais à moyen terme, cela réduirait considérablement les coûts de la santé...

Campagneeuropéenne
Le Parlement européen doit se prononcer dans quelques mois sur un projet de loi appelé Reach (Research, Evaluation and Authorisation of Chemicals) qui vise à contraindre les entreprises qui fabriquent des produits chimiques à évaluer les risques sanitaires et environnementaux en vue de l'élimination progressive des produits à risque. Dans cette perspective, le WWF-Europe a lancé une campagne intitulée Detox. Elle a démarré en 2003, avec des tests sanguins pratiqués sur 39 députés européens chez qui une moyenne de 76 produits chimiques a été dépistée. Au cours d'une deuxième phase, l'an dernier, 14 ministres de l'Union européenne se sont encore prêtés au jeu, et le WWF a retrouvé dans leur sang 55 produits chimiques toxiques. Dont plusieurs interdits en Europe depuis de nombreuses années mais qui, à l'évidence, sont toujours utilisés, constate Karl Wagner, directeur de la campagne Detox au WWF. Une situation d'autant plus inquiétante que diverses études laissent à penser que ces produits sont à l'origine de nombreux troubles de la santé: MCS, cancers, anomalies du développement chez l'enfant, etc.

Le troisième volet de la campagne Detox, actuellement en cours, vise à recruter des familles comprenant trois générations (grand-mère, mère, et un enfant d'au moins dix ans). L'objectif est de déterminer la présence de produits toxiques dans le sang de ces familles et de voir s'il y a transmission de la mère à l'enfant. L'opération est organisée dans 13 pays d'Europe par les WWF nationaux. Le WWF Suisse n'y participe pas, précise Karl Wagner, d'une part parce que le projet concerne l'Union européenne et d'autre part, parce que le WWF Suisse n'a jamais travaillé sur ce thème.

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